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mercredi 22 mars 2017

Le commandement de l'amour du prochain

15. Dans le « Discours sur la Montagne », qui constitue lamagna carta de la morale évangélique 24, Jésus dit : « N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi et les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17). Le Christ est la clé des Ecritures : « Vous scrutez les Ecritures, 1 ce sont elles qui me rendent témoignage » (Jn 5, 39) ; il est le centre de l'économie du salut, la récapitulation de l'Ancien et du Nouveau Testament, des promesses de la Loi et de leur accomplissement dans l'Evangile ; il est le lien vivant et éternel entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance. Commentant l'affirmation de Paul « la fin de la loi, c'est le Christ » (Rm 10, 4), saint Ambroise écrit : « Fin, non en tant qu'absence, mais en tant que plénitude de la Loi : elle s'accomplit dans le Christ (plenitudo legis in Christo est), du fait qu'il est venu non pour supprimer la Loi, mais pour la porter à son accomplissement. De la même manière qu'il y a un Ancien Testament, et que toute vérité cependant se trouve dans le Nouveau Testament, ainsi en est-il de la Loi : celle qui a été donnée par l'intermédiaire de Moïse est la figure de la vraie Loi. Donc, la Loi mosaïque est le prototype de la vérité » 25.


Jésus porte à leur accomplissement les commandements de Dieu, en particulier le commandement de l'amour du prochain, en intériorisant et en radicalisant ses exigences ; l'amour du prochain jaillit d'un cœur qui aime, et qui, précisément parce qu'il aime, est disposé à en vivre les exigences les plus hautes. Jésus montre que les commandements ne doivent pas être entendus comme une limite minimale à ne pas dépasser, mais plutôt comme une route ouverte pour un cheminement moral et spirituel vers la perfection, dont le centre est l'amour (cf. Col 3, 14).

mardi 21 mars 2017

600ème anniversaire de la naissance de Saint Nicolas de Flüe

Nicolas de Flüe est venu nous rendre visite pour son anniversaire. Merci à lui et tous nos voeux à Gérald qui avait tout préparé et n'a pu venir. L'abbé Claude Schaller a présidé la célébration et la paroisse de Sachseln a prêté des reliques de frère Nicolas.










lundi 20 mars 2017

Saint Joseph, époux de la Vierge Marie



« Saint Joseph, avec toi, pour toi, nous bénissons le Seigneur. Il t’a choisi entre tous les hommes pour être le chaste époux de Marie, celui qui se tient au seuil du mystère de sa maternité divine, et qui, après elle, l’accueille dans la foi comme l’œuvre du Saint-Esprit. Tu as donné à Jésus une paternité légale en lien avec la lignée de David. Tu as constamment veillé sur la Mère et l’Enfant avec une sollicitude affectueuse, pour assurer leur vie et leur permettre d’accomplir leur destinée. Le Sauveur Jésus a daigné se soumettre à toi comme à un père, durant son enfance et son adolescence, et recevoir de toi l’apprentissage de la vie humaine, pendant que tu partageais sa vie dans l’adoration de son mystère. Tu demeures auprès de lui. Continue à protéger toute l’Église, la famille qui est née du salut de Jésus. Protège spécialement ce peuple canadien qui s’est placé sous ton patronage. Aide-le à s’approcher à son tour du mystère du Christ dans les dispositions de la foi, de soumission et d’amour qui ont été les tiennes. Regarde les besoins spirituels et matériels de ceux qui recourent à ton intercession, en particulier des familles et des pauvres de toutes pauvretés ; par toi, ils sont sûrs de rejoindre le regard maternel de Marie et la main de Jésus qui les secourt. Amen. »

Jean Paul II - Oratoire de Saint Joseph de Mont Royal au Canada - le 11 septembre 1984

dimanche 19 mars 2017

La Samaritaine



19 mars 2017 - 3ème Dimanche de Carême — Année A

Lectures de la messe

    Première lecture « Donne-nous de l’eau à boire » Ex 17, 3-7
    Psaume Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,mais écoutez la voix du Seigneur ! Ps 94 (95), 1-2, 6-7...
    Deuxième lecture « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui... Rm 5, 1-2.5-8
    Évangile « Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » Jn 4, 5-42
   
Frères et sœurs, cet émouvant Évangile, si caractéristique du Carême, ne peut que nous parler. Jésus vient de Jérusalem après avoir subi échecs et incompréhension au début de son ministère. Dans saint Jean, il a chassé les vendeurs du Temple. Malgré une apparente popularité il a préféré quitter la ville sachant ce qu’il y avait dans les cœurs. C’est ensuite l’entretien avec Nicodème, puis l’ultime témoignage de Jean-Baptiste qui ne s’attriste pas de voir les gens aller recevoir le baptême de Jésus. Il y est donc question d’eau et même d’eau vive, puisque cela se faisait dans le Jourdain.
Jésus se rend chez les Samaritains et s’arrête au bord d’un puits aux heures de midi. Vous avez entendu que ses disciples vont au ravitaillement, la nature ayant ses exigences. C’est à ce moment qu’une femme vient puiser. L’heure est inhabituelle, puisqu’il fait chaud et que les autres se sont retirées soit pour manger ou pour faire une sieste méritée… Les femmes sont de corvée d’eau et quelle corvée ! Si elle vient à pareille heure c’est certainement pour éviter une rencontre et des questions inappropriées… Il y a certainement un problème. Jésus entreprend de discuter avec elle, suscitant un geste charitable de sa part, mais la voilà qui ne se montre pas des plus avenantes et se moque un peu de lui. Un Juif qui demande de l’eau à une Samaritaine, c’est quelque chose !
Jésus a soif, comme il le dira encore sur la croix : « J’ai soif ! ». Il a soif non seulement physiquement mais aussi du cœur desséché de cette femme qu’il voudrait faire revivre.  Il lui demande à boire pour souligner la soif qu’elle a en elle-même, comme dit le pape François, mais aussi parce qu’il a vraiment soif d’elle comme de nous.
C’est une histoire d’amour, une vraie… Elle qui voulait éviter une rencontre, elle tombe sur un amoureux, bien différent du sien.
Souvenons-nous que dans l’Ecriture, bon nombre de belles histoires ont  commencé au bord d’un puits justement. Il y avait Isaac et Rebecca, Jacob et Rachel, Moïse et Cippora (Gn 24 ; Gn 29 ; Ex 2, 15-22).
La suite du dialogue est plaisante, Jésus lui promet de l’eau vive, et elle ne lui dit plus seulement « Toi, un juif… » Mais « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? » Un grand titre sous forme de compliment aimable et un peu moqueur.
Qu’est-ce qu’ils entendent par eau vive ? Le texte grec dit « eau vivante ».
A écouter Jésus, cela peut s’entendre par une eau apparente qui coule à la surface, une source ou une rivière. Mais il lui parle vie éternelle et la pauvre demande de l’eau courante, un raccordement à l’aqueduc de Jérusalem peut-être, ce qu’on comprend très bien et que nous apprécions localement au plus haut point. Pour mémoire, Sychar, le puits de Jacob, Samarie se trouvent à mi-chemin entre Jérusalem et Nazareth. Il y eut une église byzantine, puis croisée et aujourd’hui, le site appartient aux orthodoxes.
Il l’éclaire en lui révélant les secrets de sa vie privée, ses « cinq » maris et ce sixième homme actuel qui ne l’est pas. Cela me rappelle l’histoire de la femme qui épousa 7 frères lesquels moururent sans laisser d’enfants… De qui sera-t-elle l’épouse à la résurrection ? Pourquoi ne pas faire le rapprochement avec cet épisode. Jésus ne vient-il pas lui proposer ces épousailles spirituelles qui font entrer dans la vie éternelle ? L’eau vive cela sert au baptême d’abord, à la rémission des péchés, au don de la vie éternelle et à la résurrection. Tous nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. Nos baptistères ne sont-ils pas des  sources d’eaux vives, des puits de Jacob et des «Jourdain » spirituels ?
Jésus devant notre Samaritaine, a cette formule frappante : « Le salut vient des Juifs ». Elle rappelle aux connaisseurs un ouvrage de Léon Bloy, qu’il publia à une époque où l’Europe perdait la tête. A cet auteur nous devons la survie de Jacques Maritain et son baptême. Il fut son parrain ainsi que celui de Raïssa et de la sœur de celle-ci.
Jésus révèle à notre Samaritaine qui Il est. Le texte dans le grec, paraît dépasser la traduction. Elle lui parle du Messie, il dit : « Je suis », « Je suis, moi qui te parle ». Comme il s’adresse à Moïse et lui parle sur la Montagne, il s’adresse à cette femme, à une Samaritaine. C’est un des fameux « Je suis » de saint Jean.
Les Apôtres arrivent avec la nourriture qu’ils ont achetée et Jésus leur parle de nourriture spirituelle… Ils ne comprennent pas. Ils mettront beaucoup de temps à le faire.
Quant à la femme, saint Jean nous dit qu’elle court annoncer à tout le monde ce que Jésus lui a dit… Elle voulait venir discrètement et à la sauvette, et voilà qu’elle ameute tout le village en disant ce qu’elle a fait. Nous mesurons le retournement.
Nous-mêmes après l’avoir entendue, sommes-nous prêts à dire avec les Samaritains : « Nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Est-ce que cette eau vive, nous la laissons jaillir de notre cœur ? Est-ce que nous buvons à ce rocher spirituel qu’est le Christ dans nos déserts ? Est-ce que nous le laissons nous aborder en ce temps de carême ? Est-ce que nous prenons la peine de nous arrêter lorsque des témoins nous parlent de leurs rencontres faites avec le Christ ?

Puissions-nous écouter comme la Samaritaine avec l’aide de Marie et boire l’eau vive qu’il nous propose. Amen.

samedi 18 mars 2017

Notre-Dame des Marches





Notre-Dame des Marches de Joseph Bovet (en français)

Refrain

Notre-Dame des Marches ! (bis)
Nous avons bien raison de compter sur vous Pour nous appuyer dans les mauvais moments Auprès de votre fils, vous faut prier pour nous Et puis nous garder tous dans le bon chemin Notre-Dame des Marches ! (bis)

1er couplet

Il en est déjà passé dans votre petite chapelle Des gens qui ont prié, de ceux qui ont pleuré Sur votre bel autel nous vous laissons pas seule Ceux qui ont du souci ils viennent vous implorer

2ème couplet

Venez nous aider, nous en avons grand besoin Pour faire toujours bien comme il faut Nous semble quelquefois que le ciel est bien tant haut Que nous pourrons jamais grimper jusque là-haut

3ème couplet


Quand il nous faudra mourir, c'est à vous qu'il faut nous prendre Nous vous avons tant et tant dit qu'il vous faut pas nous oublier Donc pas trop longtemps ne nous laissez attendre Devant le paradis sans nous y faire entrer.

Notre-Dame del Sasso


mercredi 15 mars 2017

Serviteur mais pas d'un camp retranché



Maurice Zundel - Lausanne, 1956 8.  Sortons du Moyen Age
L'idée de Dieu n'a pas bougé, elle n'a pas du moins suffisamment progressé en nous pour donner à cette humanité armée de tels pouvoirs, le Dieu dont elle a besoin. Nous en sommes restés au Moyen Age, ce Moyen Age qui s'illustre dans les coupoles byzantines par le portrait du Christ Pantocrator: …
Il faut absolument sortir (du Moyen-Age et de la « conception d’une chrétienté camp retranché ») si le monde moderne, qui est justement fier de ses découvertes, veut continuer à trouver en Dieu sa fin, son espace, sa lumière et sa joie.
Sentez-vous cette situation tragique? Un Dieu trop petit pour un monde qui grandit immensément! On comprend que l'homme d'aujourd'hui, l'homme qui se sent un créateur, l'homme dont la puissance semble n'avoir plus aucune limite, on comprend qu'il n'accepte pas de se soumettre.
La soumission n'est pas une attitude pour l'esprit. L'esprit cherche, l'esprit veut crever son horizon, il veut aller plus loin, il veut aller au-delà, sans terme et sans fin. L'esprit veut bien se donner, il veut bien aimer, il veut déployer une générosité, une générosité toujours plus grande: Il ne peut pas se faire l'esclave d'une formule et s'assujettir à un gouvernement.
Et justement, par bonheur, un homme du Moyen Age  -  qui dépasse infiniment le Moyen Age  -  nous a ouvert une issue merveilleuse; et cet homme du Moyen Age, qui dépasse infiniment le Moyen Age, c'est Saint François d'Assise, Saint François d'Assise, ce chevalier de Dame Pauvreté, Saint François d'Assise, ce bourgeois qui veut devenir Seigneur, ce bourgeois qui rêve d'être un prince, de s'illustrer sur les champs de bataille et d'épouser la plus belle princesse du monde. Ce chevalier de la pauvreté, nourri des romans de chevalerie, alors qu'il s'en va équipé de pied en cap pour faire la guerre, entend une voix qui l'appelle à un plus haut service: "François, lequel vaut le mieux: être le serviteur du serviteur ou le serviteur du Maître lui-même?" C'est une parabole qui s'éveille dans son esprit, et il comprend qu'en allant combattre sous les ordres d'un capitaine qui est lui-même au service d'un prince, il sera le domestique d'un domestique.

C'est trop peu pour lui. Ce qu'il lui faut, c'est tout, c'est l'infini, c'est le monde entier, et il ne s'arrêtera pas avant d'en avoir fait la conquête; mais il faudra d'abord qu'il apprenne quel est son champ d'action, il faudra qu'il reconnaisse le Visage de cette voix qui lui a parlé en langage encore imparfait qui était celui qu'il pouvait entendre. Et bientôt, à travers la maladie, à travers le silence, il va découvrir Celui qui lui a parlé, et il va reconnaître Dieu sous les traits de la Pauvreté.

mardi 14 mars 2017

"Vous n'avez qu'un seul maître"



Evangile du jour :

"Vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
et vous êtes tous frères."

1957/1958 Maurice ZUNDEL

Retraite : Lycée Claude Fauriel - St Etienne
2ème conférence : L'EGLISE, C'EST JESUS

Mais dans l'Eglise nous n'avons jamais à faire qu'à Jésus-Christ.  Et c'est pourquoi nous n'avons qu'un seul Maître qui est d'abord notre libérateur : Jésus-Christ. Il est donc essentiel pour vous qui  êtes catholiques, de comprendre que l'Eglise c'est Jésus. Jésus vivant,  Jésus avec nous, Jésus qui nous envoie, Jésus qui vous envoie, parce que l'Eglise c'est tout aussi bien vous, vous, que le Pape, que l'Archevêque, que vos aumôniers, que n'importe quel prêtre. Et cela il   faut l'inscrire au plus profond de votre coeur : l'Eglise c'est vous, l'Eglise c'est vous et chacun de vous peut dire : l'Eglise c'est moi. - Donc la plus grande erreur que vous puissiez commettre c'est d'imaginer   que l'Eglise, ce sont les autres, l'Eglise - le Pape, l'Eglise - l'évêque,   l'Eglise - le prêtre, et que l'Eglise ce n'est pas votre   affaire ... l'Eglise c'est autant votre affaire que celle du Pape, et  il faut même dire, parce que c'est vrai, que vous êtes autant que le   Pape les vicaires de Jésus-Christ. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que Jésus-Christ,   parce qu'il a un coeur immense, un coeur infini, un coeur universel, il ne pouvait se donner à nous que si nous adoptions avec lui toute l'humanité et tout l'univers. Voyez une maman qui a une dizaine d'enfants, qui est une vraie maman,   elle aime chacun de ses enfants de tout son coeur, et si on lui   disait : "Eh bien Madame, je suis d'accord, vous aimez un de vos   enfants, mais les neuf autres ne m'intéressent pas !" elle se sentirait   blessée dans son amour parce que chacun de ses enfants, c'est elle-même.   Eh bien le Christ qui est plus mère que toutes les mères, Il   est présent à tout homme, à toute créature, à toute l'humanité, à tout l'univers ... et c'est pourquoi Il nous est impossible de rejoindre Jésus, d'aller à Lui, de Le découvrir et de Le trouver, si nous n'aimons pas tous les hommes, si nous ne les portons pas tous dans notre coeur et si nous ne voulons pas partager avec eux la lumière et la joie de Dieu.  Et c'est ce que veut dire ce mot "être catholique".

dimanche 12 mars 2017

La Transfiguration


2ème Dimanche de Carême — Année A - 12 MARS 2017
Dimanche prochain
Lectures de la messe
Première lecture : Vocation d’Abraham, père du peuple de DieuGn 12, 1-4a
Psaume : Que ton amour, Seigneur, soit sur nous,comme notre espoir est en toi !Ps 32 (33), 4-5, 18-...
Deuxième lecture : Dieu nous appelle et nous éclaire2 Tm 1, 8b-10
Évangile : « Son visage devint brillant comme le soleil »

Frères et Sœurs,

Pourquoi parler de Transfiguration durant le Carême ?
N’est-ce pas une invitation de l’Eglise à nous laisser transformer en laissant la lumière du Christ nous toucher comme un soleil de printemps? Le mot transfiguration vient du latin transfiguratio « métamorphose, transformation ».
La Transfiguration est un thème cher à l'abbé Zundel et à Paul VI. L’abbé Zundel dans une de ses méditations rappelait que Jésus s’était transfiguré sur la Montagne, sur le Thabor entre deux annonces de la Passion. Lors de la première, Pierre avait eu droit à une invective de première force, la même que Jésus avait adressée à Satan dans le désert dimanche dernier. Après la Transfiguration, les disciples n’oseront pas protester ils seront simplement consternés dit l’évangile. Cela se passait à l’époque de la fête des Tentes.
La Transfiguration a été un signe donné à Pierre Jacques et Jean pour renforcer leur foi avant l’épreuve de la Passion. La divinité de Jésus transparaît dans son corps qui paraît en quelque sorte dans un état glorieux.
On peut imaginer l’émotion et la crainte des Apôtres. Mais encore…
En quoi cela nous concerne-t-il ? Le premier motif d’intérêt est le témoignage des Apôtres, le second est le parcours qu’ils ont accompli ensuite. Ils ont été profondément émus par ce qu’ils ont vu, mais ils n’ont pas compris. Ils avaient encore un long chemin à faire pour suivre le Christ. Nous pouvons penser que nous n’y arriverons pas, que nous ne pouvons pas, que nous ne pouvons plus… Dans la première lecture nous avons entendu qu’Abram avait reçu la bénédiction de Dieu parce qu’il s’était mis en route… « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. » Il devait avoir 76 ans… puisqu’il aura Ismaël 10 ans plus tard… Ce qui peut certes nous amener à quelques interrogations sur ce qu’est une année dans la Bible.
Cela veut toutefois aussi nous dire que Dieu peut bénir toute réponse à son invitation quel que soit notre âge, ce qui paraît un obstacle, avec son accompagnement d’habitudes, de diminutions dans ses capacités physiques ou de perception du monde, de compréhension, de réactions. Voilà de très hautes montagnes parfois…  
Un environnement et un état de vie problématique sont tout aussi redoutables. Par où peut s’insinuer la grâce ? Peut-être peut-elle le faire à travers un sentiment d’injustice, un désir de réparation. Un exemple pourrait parler aux plus anciens. Je vous ai mentionné tout à l’heure l’abbé Zundel qui a sa tombe dans l’église rouge de Neuchâtel, la basilique de l’Assomption. Si vous regardez la nef depuis le chœur, c’est sur votre gauche. En 1972, ce familier de Maritain et de l’abbé Journet avait fait une célèbre retraite au Vatican en présence de Paul VI. Il avait pris l’exemple d’un journaliste russe Michel Koriakoff, qui s’était laissé toucher par le Christ en lisant tout athée qu’il était, un petit Evangile qu’on lui avait donné. Vous connaissez la conduite peu recommandable des troupes russes lors de leur entrée à Berlin. Lui, capitaine, voulant appliquer les préceptes évangéliques, avait empêché que l’on fasse du mal aux femmes. Ayant été capturé par les allemands, un capitaine l’avait violemment giflé, faisant tomber ses lunettes en présence de son colonel. Une femme avait alors témoigné en sa faveur et cet officier supérieur qui n’avait pas bougé avait ramassé respectueusement les lunettes tombées à terre et les lui avait rendues. « Jamais, dit Zundel, ce colonel allemand n'aurait pu imaginer que, devant un slave qui était pour lui un sous-produit de l'humanité, devant un capitaine, lui qui était colonel, devant un vaincu, lui le vainqueur, jamais il n'aurait pu imaginer qu'il fut capable de ce geste de déférence et de réparation. »
« Nous avons dans ce trait minuscule, dans ce geste qui semble sans portée comme une expérience de la naissance de l'homme en Dieu et de Dieu en l'homme. »
Une première transformation par l’action de la parole de Dieu, suivie par une deuxième.
Dieu peut nous transformer si nous lui disons oui, si nous acceptons de le prendre avec nous et de marcher avec lui. Il ne nous conduit pas sur un chemin recouvert de tapis confortables et de pétales de roses. Il y en aura à l’entrée dans Jérusalem, certes, mais à la passion, ce ne seront plus qu’épines, dureté du bois de la croix et pierres du chemin, brûlure des fouets et souffrance de la chair où on enfonce des clous.

Pourquoi donc faire confiance ? « Car Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, à cause de son projet à lui et de sa grâce. » Il a ressuscité Jésus. Dieu a transféré sa vie dans la nôtre et qu'il veut protéger en nous ce don incomparable. Notre vie est un dialogue continuel qui s'enracine au coeur de la Trinité Divine dont nous sommes le sanctuaire. Que toute notre existence soit transfigurée par Celui qui nous précède et demeure avec nous. Amen.  

dimanche 5 mars 2017

Jésus au désert



Premier Dimanche de Carême A

PREMIÈRE LECTURE
Création et péché de nos premiers parents (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)

PSAUME
(Ps 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)

DEUXIÈME LECTURE
« Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)

ÉVANGILE
Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté (Mt 4, 1-11)

Frères et Sœurs,

Aujourd’hui Jésus est conduit au désert par l’Esprit. Il jeûne quarante jours et quarante nuits. Ces jours symbolisent les quarante ans d’Israël au désert pour parvenir à la Terre Promise. Mais ce sont aussi les 40 jours et quarante nuits du déluge, les quarante jours et quarante nuits d’Elie pour accéder à la Montagne Sainte. Ce sont des temps d’épreuve auxquels va répondre la présence guérissante de Jésus ressuscité à ses disciples après la résurrection, jusqu’à l’Ascension, quarante jours après Pâques.
« Les trois Evangiles synoptiques racontent, à notre surprise, que la première disposition  de l'Esprit fut de conduire Jésus au désert, après son baptême « pour être tenté par le démon » (Mt 4, 1), commente l’ancien pape Benoît. L'action de la prédication est précédée par un temps de recueillement, qui est aussi nécessairement une lutte intérieure pour la mission et une lutte contre les déformations de la mission, qui se présentent comme ses vrais accomplissements. C'est une descente dans les épreuves qui menacent l'homme, car c'est seulement ainsi que l'homme qui est tombé peut être relevé. »
Que se passe-t-il alors ? au terme de son jeûne au désert, il va être tenté par le démon, ce sont trois tentations qui peuvent nous renvoyer aux trois jours d’obscurité où Jésus descend aux enfers avant de ressusciter d’entre les morts, trois jours à l’issue desquels il va retirer Adam et Eve des enfers et briser les portes de la mort.
C’est par son obéissance, par l’obéissance d’un seul, que Jésus accomplit toute justice et « a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. » Des cavernes de toutes les tristesses et de la solitude, Il retire tous les hommes qui veulent prendre sa main et suivre sa lumière vers le Père.
« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains » (Mt 4, 3)  - « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix » (Mt 27, 40).  « Si tu es le Fils de Dieu prouve que tu l’es, ici et maintenant, par un miracle, par un miracle pour toi.» Pense à toi ! Il est venu nous donner le pain des anges, l’Eucharistie et nous invite à demander à Notre Père des cieux le pain de chaque jour. Nous l’obtenons par notre travail et par le sacrement du frère. Tenter Dieu dans l’homme, c’est l’œuvre du serpent.
Sa haine et son mépris de notre humanité s’exprime encore dans les deux tentations suivantes. Lui qui est une pure créature spirituelle veut prendre la place de Dieu lui-même et même amener Dieu à l’adorer. « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas. » L’ange déchu, entrer dans la désobéissance ne secourrait personne… Ce n’est plus l’aide de Dieu qui est demandée, mais une incitation à la provocation gratuite. Faire obéir Dieu, le mettre à son service, l’instrumentaliser ! Le diable cite même l’Écriture ! Il est spécialiste en exégèse personnelle et égocentriste. L’ancien pape Benoît s’est amusé dans son premier livre Jésus de Nazareth à citer l’Antéchrist de Soloviev. L’Antéchrist était empereur et avait reçu un doctorat en Théologie de l’Université de Tübingen (pour la petite histoire, c’est aussi celle de Hans Küng… mais en carême il faut être sérieux). Les pires livres qui détruisent la figure de Jésus et démolissent la foi, ont été écrits avec de prétendus résultats de l'exégèse, dit l’ancien pape. Il serait plaisant d’ajouter « en allemand » ce qui limite un peu les dégâts. Bienheureux les pauvres…
Jésus ne va pas sauter du haut du pinacle du temple, mais de la croix il va descendre jusqu’aux fond des enfers et en remonter avec tous les hommes. « Il a osé ce saut-là comme acte d'amour de Dieu pour les hommes. » Encore une fois, il ne l’a pas fait par égocentrisme, mais mu par l’amour de son Père et des hommes. Il savait qu’au troisième jour son Père le relèverait.
« Cette confiance, à laquelle l'Ecriture nous autorise et à laquelle le Seigneur, le Ressuscité, nous invite, est quelque chose de tout à fait autre qu’un défi  adressé à Dieu. »
Dans la troisième épreuve, le démon révèle explicitement son désir profond d’être adoré comme Dieu et de prendre sa place. 
« Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
« Arrière Satan ! » La réponse de Jésus est cinglante et nous rappelle celle adressée à Pierre, après qu’il ait confessé sa foi en lui. Pierre veut éviter la croix à Jésus et veut le voir commander aux nations, mais Jésus reconnaît et démasque l’inspirateur de ses paroles. On ne peut adorer que Dieu seul et comme lui l’entend, c’est-à-dire aimer jusqu’au bout.
« A la divinisation fallacieuse du pouvoir et du bien-être, à la promesse fallacieuse d'un avenir garantissant tout à tous, en vertu du pouvoir et de l'économie, il a opposé la nature divine de Dieu - Dieu comme véritable bien de l'homme. » Jésus est notre résurrection et notre vie. La miséricorde passe par la croix de Jésus et son amour pour le Père manifesté jusque-là.
Je voudrais conclure avec le pape François qui nous explique presque que le Carême ne consiste pas à contempler dans son miroir si nous avons bien poudré de cendres notre face de Carême. « Le Carême est le temps pour recommencer à respirer, c’est le temps pour ouvrir le cœur au souffle de l’Unique capable de transformer notre poussière en humanité… Le Carême est le temps de la compassion pour dire avec le psalmiste: «Rends-moi la joie d’être sauvé, que l’esprit généreux me soutienne », pour que par notre vie nous proclamions ta louange (cf. Ps 51, 14), et pour que notre poussière – par la force de ton souffle de vie – se transforme en «poussière aimée».

Avec Marie qui nous accompagne au désert et avec sa prière demandons au Seigneur de nous aider à aimer Notre Père de tout notre cœur, de toutes nos forces et de tout notre esprit. Amen.

mercredi 1 mars 2017

Le pauvre Lazare

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LE CARÊME 2017



La Parole est un don. L’autre est un don

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).
Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.