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samedi 3 décembre 2016

Alma Redemptoris Mater


Ce chant du XIe siècle est attribué à Herman de Reichenau ou Herman Contract.

« Alma Redemptoris Mater »  :

« Alma Redemptóris Mater, quae pérvia caéli pórta mánes, et stélla máris, succúrre cadénti súrgere qui cúrat pópulo. Tu quae genuísti, natúra miránte, túum sánctum Genitórem, Virgo prius ac postérius. Gabriélis ab óre súmens íllud Ave, peccatórum miserére. »

« Sainte Mère du Rédempteur » :

« Sainte Mère du Rédempteur, Porte du ciel toujours ouverte, Etoile de la mer, viens au secours du peuple qui tombe et qui cherche à se relever. Tu as enfanté, ô merveille ! Celui qui t'a créée, et tu demeures toujours Vierge. Accueille le salut de l'ange Gabriel et prends pitié de nous, pécheurs. »


Depuis le premier dimanche de l'Avent, nous chantons le chant de l'Alma Redemptoris Mater. Saint Jean-Paul II l'avait commenté dans son encyclique "Redemptoris Mater", particulièrement dans sa conclusion.




CONCLUSION

51. Chaque jour, à la fin de la Liturgie des Heures, l'Eglise fait monter vers Marie une invocation, celle-ci entre autres:
«Sainte Mère du Rédempteur,
porte du ciel, toujours ouverte, étoile de la mer,
viens au secours du peuple qui tombe et qui cherche à se relever.
Tu as enfanté, à l'émerveillement de la nature, celui qui t'a créée!».
«A l'émerveillement de la nature»! Ces paroles de l'antienne expriment l'émerveillement de la foi qui accompagne le mystère de la maternité divine de Marie. Il l'accompagne, en un sens, au cœur de toute la création et, directement, au cœur de tout le Peuple de Dieu, au cœur de l'Eglise. Quelle profondeur admirable Dieu n'a-t-il pas atteinte, Lui le Créateur et Seigneur de toutes choses, dans la révélation de lui-même à l'homme! 147 Avec quelle évidence il a comblé le vide de la «distance» infinie qui sépare le Créateur de la créature! S'il reste en lui-même ineffable et insondable, il est encore plus ineffable et insondable dans la réalité de l'Incarnation du Verbe, qui s'est fait homme en naissant de la Vierge de Nazareth.
S'il a voulu de toute éternité appeler l'homme à être participant de la nature divine (cf. 2 P 1, 4), on peut dire qu'il a prédisposé la «divinisation» de l'homme en fonction de sa situation historique, de sorte que, même après la faute, il est prêt à rétablir à grand prix le dessein éternel de son amour par l'«humanisation» de son Fils, qui lui est consubstantiel. Ce don ne peut pas ne pas remplir d'émerveillement la création entière, et plus directement l'homme, lui qui en est devenu participant dans l'Esprit Saint: «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique» (Jn 3, 16).
Au centre de ce mystère, au plus vif de cet émerveillement de foi, il y a Marie. Sainte Mère du Rédempteur, elle a été la première à en faire l'expérience: «Tu as enfanté, à l'émerveillement de la nature, celui qui t'a créée»!

52. Dans les paroles de cette antienne liturgique est exprimée aussi la vérité du «grand retournement» qui est déterminé pour l'homme par le mystère de l'Incarnation. C'est un retournement qui affecte toute son histoire, depuis le commencement qui nous est révélé par les premiers chapitres de la Genèse jusqu'à son terme ultime, dans la perspective de la fin du monde dont Jésus ne nous a révélé «ni le jour ni l'heure» (Mt 25, 13). C'est un revirement incessant, continuel, entre la chute et le relèvement, entre l'homme dans le péché et l'homme dans la grâce et la justice. La liturgie, surtout pendant l'Avent, se place au point névralgique de ce retournement et en touche l'incessant «aujourd'hui», alors qu'elle nous fait dire: «Viens au secours du peuple qui tombe, et qui cherche à se relever»!
Ces paroles concernent chaque homme, les communautés, les nations et les peuples, les générations et les époques de l'histoire humaine, notre époque, ces années du millénaire qui touche à sa fin: «Viens au secours, oui, viens au secours du peuple qui tombe»!
Telle est la prière adressée à Marie, «sainte Mère du Rédempteur», la prière adressée au Christ qui, par Marie, est entré dans l'histoire de l'humanité. D'année en année, l'antienne monte vers Marie, évoquant le moment où s'est accompli ce retournement historique essentiel, qui persiste de façon irréversible: le retournement entre la «chute» et le «relèvement».
L'humanité a fait des découvertes admirables et a atteint des résultats prodigieux dans le domaine de la science et de la technique, elle a accompli de grandes œuvres sur la voie du progrès et de la civilisation, et l'on dirait même que, ces derniers temps, elle a réussi à accélérer le cours de l'histoire; mais le revirement fondamental, le revirement que l'on peut qualifier d'«originel», accompagne toujours la marche de l'homme et, à travers toutes les vicissitudes historiques, il accompagne tous et chacun des hommes. C'est le retournement entre la «chute» et le «relèvement», entre la mort et la vie. C'est aussi un défi incessant pour les consciences humaines, un défi pour toute la conscience historique de l'homme: le défi qui consiste à marcher sans «tomber», sur les routes toujours anciennes et toujours nouvelles, et à «se relever» si l'on est tombé.
Arrivant bientôt, avec toute l'humanité, aux confins des deux millénaires, l'Eglise, pour sa part, avec l'ensemble de la communauté des croyants et en union avec tous les hommes de bonne volonté, accueille le grand défi contenu dans ces paroles de l'antienne mariale sur le «peuple qui tombe et qui cherche à se relever», et elle se tourne à la fois vers le Rédempteur et vers sa Mère en disant: «Viens au secours». Elle voit en effet -et cette prière en témoigne- la bienheureuse Mère de Dieu dans le mystère salvifique du Christ et dans son propre mystère; elle la voit profondément enracinée dans l'histoire de l'humanité, dans la vocation éternelle de l'homme, selon le dessein que Dieu, dans sa Providence, a fixé pour lui de toute éternité; elle la voit apportant sa présence et son assistance maternelles dans les problèmes multiples et complexes qui accompagnent aujourd'hui la vie des personnes, des familles et des nations; elle la voit secourant le peuple chrétien dans la lutte incessante entre le bien et le mal, afin qu'il «ne tombe pas» ou, s'il est tombé, qu'il «se relève».
Je souhaite ardemment que les réflexions contenues dans la présente encyclique servent également au renouveau de cette vision dans le cœur de tous les croyants.
Comme Evêque de Rome, j'envoie à tous ceux auxquels sont destinées ces réflexions un baiser de paix, que j'accompagne de mon salut et de ma Bénédiction en notre Seigneur Jésus Christ. Amen.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mars 1987, solennité de l'Annonciation du Seigneur, en la neuvième année de mon pontificat.

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