Rechercher dans ce blog

samedi 21 octobre 2017

Triple couronne



Nous avons dans la région bâloise qui se paganise aujourd'hui à grande vitesse, trois monuments de la théologie : Erasme, Karl Barth et Hans Urs von Balthasar. On a beaucoup parlé de ce dernier sur KTO ces jours, et il faudrait être vraiment très savant ou prétentieux pour prétendre bien parler d'eux. Une erreur à ne pas commettre : prendre le Père Hans Urs pour un théologien thomiste-conservateur en raison des expressions de son attachement à l'Église. Il fut un vrai révolutionnaire dans son domaine.
Hans Urs von Balthasar avait écrit un petit livre sur le Rosaire, intitulé : triple couronne - le salut du mode dans la prière mariale (Le Sycomore P. Lethielleux 1978.) Il n'a pas anticipé les mystères lumineux de Jean-Paul II qui ont bouleversé le schéma du rosaire.

En ce samedi, jour de Marie, un extrait de l'introduction : 


Le chemin entre Dieu et nous est ouvert dans les deux sens : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » — et : « Je suis venu dans le monde comme la Lumière, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » (Jn 14, 6 ; 12, 46)
Mais comment la Voie a-t-elle pu parvenir jusqu’à nous, la Lumière pénétrer jusqu’à nous, le Verbe habiter parmi nous ? Car il le fallait pour nous permettre d'aller à Dieu par une voie praticable à l'homme. Autrement, la Lumière n’aurait lui que dans les ténèbres, et celles-ci ne l’auraient pas comprise, la Lumière serait venue chez elle (car le monde appartient à Dieu) et les siens ne l’auraient pas reçue. Il fallait quelqu’un pour accueillir le Verbe, si totalement qu'il pût trouver place en un être humain, afin de s'incarner en lui, comme l’enfant dans sa mère.
Cette mère qui s’offre et s’ouvre sans réserve au Verbe de Dieu, ce n'est pas nous ! Aucun de nous ne dit à Dieu le oui sans réserve. Aussi le consentement parfait nous reste-t-il inaccessible. Et pourtant il est une des conditions requises pour que le Verbe de Dieu parvienne réellement jusqu’à nous et devienne la Voie où nous pourrons marcher. Dieu n’aurait pu se faire homme dans un cœur qui ne lui fût qu’à moitié donné. Car l’enfant est essentiellement dépendant de sa mère, il se nourrit de sa substance corporelle et spirituelle, c’est elle qui le forme à une vraie et féconde humanité. Une mère qui nous dépasse, condition requise pour que s’ouvre une voie entre Dieu et nous, n’est pas pour autant isolée, mais elle crée pour nous la possibilité de devenir à notre tour capables de dire oui, en sorte que le Verbe parvienne aussi jusqu’à nous, et nous en lui jusqu’à Dieu. « Heureux le corps qui t’a porté, le sein qui t’a nourri. Oui, heureux en vérité ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent!» (Lc 11, 27-28)
« Quiconque fait la volonté de mon Père céleste est mon frère, ma sœur, ma mère. » (Mc 3, 35)
Par son « avant » perpétuel, Marie permet notre « avec ». La communauté que Dieu, en elle, noue avec l’homme en devenant un enfant des hommes est le substrat d’une communauté qui nous relie entre nous comme enfants de Dieu et que nous appelons l’Eglise de Dieu. La Mère est le préalable permanent, le point de départ et l’accomplissement de l’Eglise, à laquelle, si nous voulons, nous pouvons appartenir en hommes qui s’acheminent vers le oui parfait et tendent à son enracinement dans toute notre vie. Ainsi nous pouvons et devons dire, nous les imparfaits, à celle qui est l'accomplie, et qui nous introduit et nous attire à sa plénitude : « Ave Maria ». Mais non pas en la séparant de son Fils : elle n'est que la réponse, il est la Parole.

dimanche 15 octobre 2017

Le Mariage du Fils



15 OCTOBRE 2017 - 28ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A

Lectures de la messe

Première lecture « Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous le...Is 25, 6-10a

Psaume J’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.Ps 22 (23), 1-2ab, 2...

Deuxième lecture « Je peux tout en celui qui me donne la force »Ph 4, 12-14.19-20

Évangile« Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce »Mt 22, 1-14


Frères et Sœurs,

Bienvenue pour cette célébration du 28e Dimanche du temps ordinaire. Si vous le voulez bien, nous pourrons avoir une pensée pour nos sœurs carmélites qui fêtent aujourd’hui leur fondatrice, sainte Thérèse d’Avila.

L’Evangile parle du mariage du fils d’un roi aujourd’hui. Thérèse d’Avila, a vécu la mystérieuse ascension de l’âme dans son union à Dieu, à l'image d'un mariage. L'Écriture et les mystiques font volontiers usage de cette comparaison. Vous connaissez certainement quelques-uns de ses écrits, château de l’âme, livre des demeures…

Nous allons confier aussi au Seigneur tous ceux qui vivent dans l’état de mariage et s’y préparent, ainsi que nos familles.

Tous, nous avons besoin de miséricorde et nous demandons au Seigneur son pardon au début de cette eucharistie.


Frères et Sœurs,

L’usage est semblable de l’Orient à l’Occident, un mariage et la fondation d’une nouvelle famille se célèbrent dans la joie.  Le mariage de notre Evangile nous renvoie à celui des noces de l'Agneau à la fin des temps et à ce qu’on appelle l’eschatalologie qui se réalise déjà maintenant. Les derniers temps, commencent dès la résurrection et l’Ascension, c’est aujourd’hui, demain et à jamais. Tout sera réalisé au dernier jour. Le Christ est l’époux d’une seule épouse, son Eglise. Le mot utilisé pour les noces autant dans notre Evangile que dans l'Apocalypse est celui de « gamous » ou « gamos », relève un commentateur. Il ne désigne pas simplement une fête, mais bien un mariage et le festin qui le suit. Nous le retrouvons, dans monogame et  polygame par exemple. Ce dernier statut est encore légal dans bon nombre de pays du Sud. La problématique de la polygamie de fait est aussi connue.
Lors de tout mariage religieux, élevé par le Christ à la dignité de sacrement, nous nous trouvons devant un événement mystérieux qui nous renvoie à ce signe et à ce moment unique où le Christ se présentera avec son Eglise devant son Père, tout étant accompli. Un mariage, n’est-ce pas une sorte de porte sur l’éternité bienheureuse. Dans les mariages orientaux, les mariés ont droit à des couronnes, cela va de pair avec la parabole de notre évangile puisque le Seigneur fait référence au mariage du fils du roi. Ce sont à ses noces qu’il invite, le banquet, c’est la vie éternelle. Il a dressé une liste d’invités, elle contient ceux qu’il connaît depuis longtemps, et voilà qu’ils présentent eux, leur propre liste, celle de leurs excuses pour ne pas venir… La vie éternelle, ils n’en ont apparemment pas trop envie.
Ils en ont si peu envie, que certains font même usage de violence envers les envoyés du roi, ses serviteurs. Ils sont invités pourtant à quelque chose de prime abord agréable, une noce, c’est la fête… Participer à un banquet, si vous êtes en forme, cela permet d’entrer dans une sorte de communion avec toute l’assemblée, celui qui l’offre et les époux.
Il est légitime de s’interroger : pourquoi tant de refus et cette violence ? Fallait-il pour répondre s’arracher à quelque chose de si important ? Le roi est tout de même le roi… Sous l’ancien régime, un refus de ce type était un affront.
Les invités qui refusent de se rendre aux noces symbolisent les autorités religieuses et politiques d’Israël qui n’accueillent pas avec joie le Messie et ne veulent pas le rejoindre.
Ils n’ont pas été sensibles à l’appel de Jean à la conversion, à la voix de celui qui désigne l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau… Heureux les invités à la fête. La fête, c’est aujourd’hui déjà.
Saint Jean Chrysostome dans son commentaire de la 1ère épître aux Corinthiens nous explique à propos de ces noces que « C'est  un temps de fête que le temps de cette vie. … Saint Paul veut faire entendre que la vie est pour les chrétiens une fête continuelle, à cause de l'abondance des biens qu'ils reçoivent. » Mais de quels biens veut-il parler ?
La réaction de certains invités pose question. Auraient-ils peur pour d’autres biens. Le roi répond à la violence par une expédition punitive… Pour une noce, c’est quelque chose. Etrangement, il fait rentrer de force tous ceux qui sont rencontrés sur la route, et une fois rassemblés, il a une surprenante réaction. Voyant un invité qui ne porte pas la tenue pour participer à la fête, le roi dit : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
Manifestement il y a un problème. On nous servait au temps de nos études une formule classique : « le déjà et le pas encore ». Le royaume et son banquet sont déjà là, mais pas encore tout à fait. L’Eglise est glorieuse et pérégrinante, pèlerine. Durant le temps que nous vivons sur cette terre, nous participons déjà au banquet du Royaume par l’Eucharistie et par l’accomplissement de la volonté du Père. C’est déjà la fête de cette vie : « C’est un temps de fête que le temps de cette vie. » disait Jean Chrysostome. Mais revêtir l’habit de noce, nécessite  conversion et vie sacramentelle : Baptême – Confirmation – Eucharistie – Mariage… - Pénitence – Onction des malades. Tout cela est nécessaire pour entrer dans le royaume et aussi pratiquer les actes de miséricorde et vivre les béatitudes. Si vous les passez en revue, vous me concéderez qu’il ne s’agit pas là du grand confort, de ce qui est nécessaire pour que tout aille bien. Je vous rappelle ces dernières : Heureux les pauvres en esprit, heureux les doux, heureux les affligés, heureux les affamés et assoiffés de la justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix, heureux les persécutés pour la justice, heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Le club de vacances entre amis, la pétanque et le pastis, nous en sommes loin… et pourtant le Seigneur affirme : « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. »
Malgré la finale qui invite à la vigilance et à l'effort, si le Seigneur dans son exemple ne mentionne qu’un seul homme qui ne portait pas le vêtement de noce et avait gardé le sien, c’est qu’il y a de l’espérance et que la miséricorde est au bout du chemin. Tous sont appelés et c’est parce qu’ils sont appelés que la grâce les conduit au repas de noces, revêtus comme il convient. C’est parce que déjà nous avons reconnus et rencontré le Christ, époux de l’Eglise, dans ses envoyés, que nous parvenons à conformer notre vie à l’Évangile.

« L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. » Apocalypse 22. 19. Amen.

mardi 10 octobre 2017

Marthe et Marie



10 OCTOBRE 2017 - Mardi, 27ème Semaine du Temps Ordinaire — Année
Lectures de la messe
Première lecture « Voyant comment ils se détournaient de leur conduite mauvaise, Dieu...Jon 3, 1-10
Psaume Si tu retiens les fautes, Seigneur,
Seigneur, qui subsistera ?Ps 129 (103), 1-2, 3...
Évangile« Une femme nommée Marthe le reçut. Marie a choisi la meilleure part »

Cet Evangile nous le connaissons presque par cœur. Ceux qui sont dans l’action aspirent à ce qu’ils estiment être un une façon de vivre dans la tranquillité et le repos… parfois c’est l’inverse, les tenants d’un mode de vie contemplatif désireraient avec ardeur l’action directe et l’annonce de l’Evangile. Mais au final chacun revient à sa mission spécifique qui ne se limite pas à son poste de télévision… ou à passer ses ardeurs dans une lecture ou des habitudes peut-être en forme d’auto-justification. Nous désirons par moment embrasser une condition qui n’est pas celle à laquelle nous sommes appelés… Mais la question n’est-elle pas :  à quoi sommes-nous appelés?
Un exemple de la diversité des charismes et des appels : Aujourd’hui, au calendrier  figurent des fils de saint François 7 saints qui furent martyrisés au Maroc en 1227. Il s’en était réjoui. Nous nous rappelons combien il aurait aimé lui-même donner ainsi sa vie. Il fit plusieurs tentatives, mais il ne parvint pas à atteindre son but. Même lors de la dernière, le sultan l’écouta et le laissa rentrer. Ce n’était pas sa mission… Le Seigneur préférait être aimé par-dessus tout selon ce qu'il voulait, et ce furent les stigmates sur l’Alverne.
Aimer par-dessus tout... La charité, c’est cet amour… Saint Jean Chrysostome commentant la 1ère épître aux Corinthiens dit qu’ « Il y a un côté admirable dans la charité. Toutes les autres qualités ne sont pas exemptes d'alliage : le détachement des biens est souvent une cause d'orgueil ; l'éloquence est accompagnée du désir de la gloire; l'humilité a quelquefois d'elle-même une conscience orgueilleuse. Mais la charité est exempte de toutes ces maladies ; elle ne s'élève jamais aux dépens de celui qu'elle aime. »
…Si vous voulez, supposez un seul être aimé et un seul être qui l’aime, qui l'aime, bien entendu, comme on doit aimer. Il trouvera le ciel, sur la terre.
Le seul qui puisse être aimé de telle manière pour nous, c’est le Christ. Mais lui que dit-il ? « la meilleure preuve d'amour qu'on puisse lui donner, c'est d'aimer son prochain. Jésus dit à Pierre : « Si tu m'aimes plus que ceux-ci, pais mes brebis ». Voyez-vous, dit Jean Chrysostome, comme il fait comprendre par ces paroles que la charité est supérieure au martyre?
Est-il donc si facile d’aimer tous les jours, jour après jour, son prochain ? Est-ce qu’il est si facile de mettre en premier l’amour du Christ ? Est-ce que nous ne préférons rien à l’amour du Christ, ainsi que saint Benoît le dit en énumérant les instruments des bonnes oeuvres ?

N’est-ce pas l’enseignement que nous donne aussi Marie demeurant près de Jésus… ? Amen.

dimanche 1 octobre 2017

Oui, non, mais, on discute... Pas facile de travailler à la vigne du Seigneur.



1 octobre 2017 - 26ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A

Lectures de la messe

    Première lecture « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie » Ez 18, 25-28
    Psaume Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse. Ps 24 (25), 4-5ab, 6...
    Deuxième lecture « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » Ph 2, 1-11
    Deuxième lecture « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » Ph 2, 1-5
    Évangile « S’étant repenti, il y alla » Mt 21, 28-32


‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.

Frères et Sœurs,
Sur quoi faut-il le plus insister ? Sur la liberté ou la grâce ? Vaste sujet qui a prêté à bien des polémiques. Mais ce n’est pas le moment.
La 1ère lecture nous a donné un bel exemple de protestation et de récrimination. Je suppose que cela nous arrive à chacun lorsque les épreuves et contradictions s’accumulent, du lever au coucher, et l’âge venant souvent ce n’est pas la sagesse qui prévaut, mais bien la lassitude.
« Vous dites : ‘La conduite du Seigneur n’est pas la bonne’. ». Les fils d’Israël ressentaient les souffrances qu’ils traversaient comme une grande injustice. Ils étaient en exil, loin de tout… loin de leur pays, loin du temple. Ils ne vont subsister en tant que Peuple, que parce qu’ils sont rassemblés autour de ce qui leur restait, les Écritures qui ont été approfondies là-bas. Les Écritures, la foi et leur culture… C’est aussi une des grandes leçons que nous a laissée saint Jean-Paul II, avec la Pologne. Souvenez-vous que cette nation avait failli disparaître une nouvelle fois. Après les trois partages du 18ème siècle partage entre les Puissances de l’époque, Russie, Prusse et Autriche et le 4ème en 1939.
Dieu promet à son Peuple, une victoire, sa victoire, celle du retour, s’ils lui restent fidèles dans l’épreuve. Elle va dépendre des conditions qu’il fixe.
Dans l’Evangile, le Seigneur explique le mystère de la Bonne Nouvelle dont l’annonce est remise aux nations, parce qu’elles vont l’écouter et après avoir dit « Non », se mettre au travail. Travail sur eux-mêmes, travail dans la construction de l’Eglise, travail dans l’annonce.
Les paroles du Seigneur à l’encontre des premiers destinataires, de son peuple qu’il avait non seulement choisi, mais éduqué pendant si longtemps, non pas eu l’écho qu’il en espérait. Leur cœur s’est endurci, le cœur de ceux qui se croyaient juste et ne pensaient pas avoir besoin de miséricorde.
Pas plus qu’ils n’écoutent le Seigneur, ils n’avaient écouté Jean-Baptiste au désert : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? » Jésus utilisera les mêmes mots.
Ce sont ceux qui menaient une pauvre vie qui ont écouté, ceux que la bonne société rejetait apparemment, tout en ayant recours à leurs services… Le phénomène n’est pas limité à l’époque de Jésus et à Israël.
Nous pourrions ajouter aussi aujourd’hui, une catégorie à laquelle nous appartenons au moins de temps à autre, ou sinon pour une longue durée, celle des révoltés par le travail dans le champ du Seigneur, ou bien encore tout simplement par les épreuves de la vie. Au cinéma, j’ai le souvenir d’un passage avec un acteur connu, où son partenaire lui disait : « La vérité c’est que Dieu me déteste. » La répartie de Mel Gibson était du niveau de la loi du talion. Heureusement, il va faire un film sur la Résurrection, paraît-il. Autre répartie du même type : « Soit, il n’existe pas, soit il ne m’a pas à la bonne. » Inutile de faire un doctorat sur le sujet, il suffit de s’interroger soi-même. Que faire lorsque les événements nous paraissent insupportables? Nous en prendre à Dieu ? Vous admettrez avec moi, que la chose est en soi impossible, sinon en se tournant contre son œuvre. Mais que de drames réels et intérieurs… Devant ce qui se passe, ou que nous pouvons nous infliger les uns aux autres.
Une des clefs se trouve dans le passage de l’épître de Saint Paul qui contient la célèbre hymne aux Philippiens. « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »
Quel est le résultat de cet abaissement ? : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. »
Benoît XVI dans une de ses catéchèses sur cet hymne, commentait ainsi ce nom de « Seigneur » qui est le sommet de l’exaltation: dans le langage biblique, le «nom» indique la véritable essence et la fonction spécifique d’une personne, il en manifeste la réalité intime et profonde. A son Fils, qui par amour s’est humilié dans la mort, le Père confère une dignité incomparable, le «Nom» le plus excellent, celui de «Seigneur», précisément de Dieu lui-même.
Ce qui nous est intolérable, c’est ce qui va faire de nous des fils dans le Fils, il n’y a pas d’autre explication que l’amour qui nous conforme à Dieu. Mais quelle aventure et que de chutes pour être relevé encore par la miséricorde.
‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. On raconte que Giorgio La Pirra le célèbre maire de Florence, qui mourut sans un sou et ses armoires vides, avait emporté à Moscou en 1959 des images de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dédicacées en russe pour les distribuer. Elle nous indique le bon chemin, la voie de l’Enfance Spirituelle. Il avait pris avec lui aussi des statuettes de Notre-Dame de Fatima dans le même but. C’était juste avant le Concile. Eh bien, Marie Mère de Miséricorde, viens à notre aide pour donner notre oui. Amen.

vendredi 29 septembre 2017

Michel, Gabriel, Raphaël et le Mariage



Michel, Gabriel et Raphaël… Saint Grégoire le Grand dans un résumé synthétique que nous lisons à l’occasion de cette fête, à l'office des lectures*, nous explique qui ils sont. Des esprits, des messagers de Dieu de très haut rang… des princes. Oui, les anges existent, pas besoin de chercher d’autres extra-terrestres… Leurs noms expliquent leurs missions. Saint Grégoire nous en donne la signification. Michel veut dire « Qui est comme Dieu ? », Gabriel : « Force de Dieu ». Raphaël : « Dieu guérit »… Tous trois figurent sur la tapisserie devant l’autel, qui est une interprétation de l’antépendium de l’ancienne cathédrale de Bâle.
Une partie de l’inscription se réfère à leur nom avec trois possibiilités de traductions au moins : « Qui, comme le Dieu fort, comme le Sauveur qui guérit, doit être béni. ». - « Qui est, comme Dieu, un médecin fort, un sauveur béni. ». « Qui est, comme le Dieu fort, médecin et sauveur. ».
Ils sont représentés avec saint Benoît, l’empereur saint Henri et son épouse Cunégonde, prosternés aux pieds du Christ. J’aime beaucoup les prendre en exemple pour le mariage, surtout en ce temps où le sujet est débattu. Saint Henri, patron secondaire du diocèse de Bâle est aussi patron des oblats bénédictins. L’empereur et l’impératrice nous rappellent que le Christ est au centre. Le Christ est l’époux et son Eglise, l’Epouse. Il n’est l’époux que d’une seule épouse. Il a élevé le mariage à la dignité de sacrement. Henri et Cunégonde sont restés fidèles l’un à l’autre, à une époque où le fait de ne pas avoir d’enfants pouvait amener à une nullité du mariage dans ces milieux de haute noblesse.
Les trois archanges pourraient nous inviter à quelques ébauches de réflexions sur leur rôle dans le mariage.
Michel, pourrait être considéré comme celui qui le défend. Qui est comme Dieu ? Qui oserait donc mettre en cause un sacrement et celui qui a uni deux époux ? Il le défend… Gabriel est plutôt l’archange des mystères Joyeux et de l’enfance… Il annonce la naissance de Jean-Baptiste, celle du Christ à Marie et à Joseph. Raphaël, Dieu guérit, est celui qui prépare les mariages, une sorte d’entremetteur et de conseiller pour les fiancés. Il est en quelque sorte la compassion et la tendresse de Dieu. Il sera aussi celui qui aide aux guérisons intérieures et aux réparations lorsque les choses se passent mal, et que s’accroissent les épreuves et les blessures. L’infirmier et le médecin de Dieu en quelque sorte. Il est aussi l’ange gardien.
Nous pouvons confier à ces trois grands messagers de Dieu nos familles, qui ont besoin de ces trois formes de l’attention de Dieu pour elles et pour nous.

Que Marie Reine des Anges vienne aussi à notre aide. Amen.



* HOMÉLIE DE S. GRÉGOIRE LE GRAND

Les noms des anges

Il faut savoir que le nom d’anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut les appeler toujours des « anges », parce qu’ils ne sont des anges que lorsqu’ils portent un message. On appelle « anges » ceux qui portent les messages moins importants, et « archanges » ceux qui annoncent les plus grands événements.

C’est pourquoi l’archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie : pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements.

En outre, certains d’entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n’est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu’ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l’aide de ces noms, on n’avait pas pu connaître leurs personnes. C’est lorsqu’ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu’ils reçoivent chez nous des noms tirés de leur fonction. C’est ainsi que Michel veut dire « Qui est comme Dieu ? », Gabriel : « Force de Dieu ». Raphaël : « Dieu guérit ».

Chaque fois qu’il est besoin d’un déploiement de force extraordinaire, c’est Michel qui est envoyé : son action et son nom font comprendre que nul ne peut faire ce qu’il appartient à Dieu seul de faire. L’antique ennemi, qui a désiré par orgueil être semblable à Dieu, disait : J’escaladerai les cieux, par-dessus les étoiles du ciel j’érigerai mon trône, je ressemblerai au Très-Haut. Or, l’Apocalypse nous dit qu’à la fin du monde, lorsqu’il sera laissé à sa propre force, avant d’être éliminé par le supplice final, il devra combattre contre l’archange Michel : Il y eut un combat contre l’archange Michel.

À la Vierge Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie « Force de Dieu » : ne venait-il pas annoncer celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C’est donc par la « force de Dieu » qu’il devait être annoncé, celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats.

Raphaël, comme nous l’avons dit, se traduit : « Dieu guérit ». En effet, il délivra des ténèbres les yeux de Tobie lorsqu’il les toucha comme pour remplir l’office de soignant. Celui qui fut envoyé pour soigner est bien digne d’être appelé « Dieu guérit ».

mardi 26 septembre 2017

De la cathédrale de Bâle à celle de Soleure



Dédicace de la cathédrale du diocèse de Bâle qui est Soleure.

L’oraison mentionnait des pierres vivantes… Il y en a de petites et de grandes. Aucune ne doit être jetée sur son voisin, mais doit servir à  construire. Après la Solennité marquante de Saint Nicolas de Flüe, hier, peut-être pourrait-on dire qu’il ne faut pas utiliser son oreiller de pierre « comme ça », comme pierre d’Unspunnen. Sa prière a participé à la construction de l’Eglise et de notre pays.  



En se rendant en pèlerinage en Terre Sainte, les pèlerins avaient parfois droit à des jets de pierre sur le Mont des Oliviers et à des prélèvements en le descendant tout arrive. Il n’empêche que la vue sur l’esplanade du temple engage à se souvenir du  passage de l’Evangile de ce soir, où Jésus se promenait de long en large, peut-être en raison du froid de l’hiver… Dans ce temple, il avait dit qu’il n’en resterait pas pierre sur pierre alors qu’on les admirait autour de lui. Il prononce aujourd’hui une parole dont nous mesurons tous la portée aujourd’hui : « Le Père et moi, nous sommes UN. » La suite du texte dit : « De nouveau, des Juifs prirent des pierres pour lapider Jésus. » Vouloir chasser Jésus parce qu’on ne le reconnait pas, parce qu’on ne croit pas en lui, parce qu’on ne l’aime pas, va conduire à l’irréparable pour le peuple. Le Temple de pierre va être détruit en 70. Ce  qui est le plus irréparable d’abord, c’est de ne pas avoir reçu Jésus, de ne pas l’avoir reconnu. Car à quoi sert un temple, si celui qui devrait y être adoré ne l’est pas et est jeté dehors.  
Une église et une cathédrale sert à cela… à adorer le Seigneur, elle est là où se trouve l’évêque avec son peuple. Lorsqu’il y célèbre, là est l’Eglise. La cathédrale de l’évêché de Bâle, n’est plus à Bâle, vous le savez, elle a fait une migration, suite à la réforme. Et lorsque nous voyons cette remarquable construction de pierre du Moyen-Age, nous prenons la mesure de ce qui advient lorsque l’évêque n’y célèbre plus au milieu de son peuple. Le bâtiment est bien là, mais l’Eglise n’y est plus.
Nous pourrions presque faire une analogie avec ces bêtes des temps préhistoriques que nous retrouvons sur le tracé de nos autoroutes. Il n’y a plus que de la pierre. Autre image, celle  des filles de Lot changées en statues de sel. A l’opposé, il y a image de Marie, attentive à la voix de l’Esprit et si attentive, de la manière la plus parfaite, que le Fils de Dieu prend chair en elle. Elle est l’image de l’Eglise. Le Christ demeure au milieu d’elle.

Demandons au Seigneur de persévérer dans l’adoration véritable en Esprit et en Vérité, dans la sainteté, elle est indispensable à la vie de l’Eglise. Nous devons veiller pour être toujours disponibles au souffle de l’Esprit et à la communion, d’abord dans notre quotidien. Amen.


dimanche 24 septembre 2017

Saint Nicolas : La vigne et la fontaine de vie.


24 SEPTEMBRE 2017 - 25ème dimanche du Temps Ordinaire — Année A

Lectures de la messe
Première lecture « Mes pensées ne sont pas vos pensées »Is 55, 6-9
Psaume : "Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent.Ps 144 (145), 2-3, 8...
Deuxième lecture« Pour moi, vivre c’est le Christ »Ph 1, 20c-24.27a
Évangile« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Frères et Sœurs,

L’exemple que prend le Seigneur vient bien à propos. Certains vignerons ont toutefois déjà sorti les sécateurs au mois d’août. Officiellement les vendanges commençaient le 11 septembre dans certains cantons, date symbolique. Nos voisins de l’hexagone disaient que les étudiants pouvaient y travailler avant de commencer leurs études, cette année. La sécheresse et l’ensoleillement y ont été pour quelque chose. Il est vrai que les gelées de ce printemps n’ont pas eu que des conséquences positives, la quantité a du céder le pas à la qualité.
Les vendanges sont habituellement une période joyeuse lorsqu’on travaille à la main, mais il faut y mettre un coup. Dans sa parabole, le Seigneur paye non en temps de présence, mais en présence, ce qui paraît diversement apprécié.
Nous pouvons nous demander ce matin, qu’est-ce que c’est que travailler à la vigne du Seigneur et pourquoi le faire, pour quel type de salaire ? Travailler, est-ce seulement   vendanger ? Cultiver la vigne est un art, accompagné de sueurs et courbatures. Avant de la vendanger,  il faut d’abord l’avoir plantée, et soignée. Cela ne se fait pas n’importe où ni dans n’importe quelles conditions. On doit juger de l’ensoleillement, des qualités du terrain, d’une certaine protection du vent. Le sol est analysé. Il faut aussi choisir une variété de plants adaptés à la région, résistante aux maladies. Il y a ensuite, la taille, les traitements et la patience. Ne s’improvise pas vigneron qui veut.   Que va produire la vigne ? Point n’est besoin de donner de grandes explications, mais le fruit de la vigne a une destinée de choix. Le vin devient le sang du Christ dans l’eucharistie. A l’origine on utilisait du vin rouge comme matière du sacrement, puis par convenance, ce fut du blanc qui ne tache pas. L’eucharistie, c’est le corps et le sang de Jésus-Christ. Il est totalement présent dans chacune des espèces. Le tableau de Nicolas de Flüe fait référence à ce mystère : Dieu que l’univers entier ne peut contenir est présent dans la petite hostie… Le prêtre y offre le pain et le vin, les deux sont là sur la représentation. 
Parle-t-on spécifiquement de vigne au pays de Nicolas de Flüe ? Il faut bien sourire… La Suisse centrale est plus connue pour sa pluie que pour le soleil. A Obwald il semble que la culture de la vigne soit présente de manière très confidentielle, mais elle est historique, Le vin est cependant bien mentionné chez frère Nicolas. Il a pallié aux problèmes climatiques. Vous connaissez peut-être l’une de ses trois grandes visions, celle de la fontaine de vie. Il en coulait du vin, de l’huile et du miel. L’interprétation et la représentation sont difficiles, puisqu’on y parle aussi d’une source unique. Est-ce le symbole de l’unité de Dieu et des trois personnes divines, des trois vertus théologales ? Le cardinal Journet, disait que le thème de la Fontaine de Vie, apparaît dans l’art au XVe siècle, en fait c’est bien plus tôt, avec certaines représentations de baptistères. Les commentaires sont apparemment rares, le sujet est à redécouvrir et même à creuser. (Fontaine de vie).  Le symbolisme touche au sang répandu par le Christ sur la croix, à l’Eglise, au baptême et de manière générale à la transmission de la grâce. Mais là aussi, comme pour la vigne, il faut du discernement, frère Nicolas, explique que beaucoup ne voyaient pas cette fontaine et mouraient de faim et de soif, à côté d’elle. L’ardeur est nécessaire pour faire fructifier la grâce, du travail, et de l’entraide. Le retable de l’agneau mystique de Jean van Eyck montrent que tous convergent vers l’agneau.
Pourquoi les ouvriers de l’Evangile se sont-ils présentés si tard ? « Parce que personne ne nous a embauchés disent-ils. » En fait il semble bien qu’ils n’étaient pas nécessairement présents sur la place. Nous pouvons joindre nos excuses aux leurs : je n’ai pas trouvé le chemin, les embouteillages, je me suis réveillé trop tard. Nous sommes  tous capables d’invention, sans compter les problèmes réels. Ce qu’il y a de merveilleux, c’est que le Maître de la Vigne vient lui-même à la rencontre de ces ouvriers, il les cherche. Il ne nous laisse pas nous débrouiller tout seul. Le Maître fait semblant de rien. S’ils sont au chômage, et bien il les invite à ne pas perdre leur temps, il leur promet un salaire.
Pour quelle récompense travailler ? Le denier ne peut être que symbolique. Le Seigneur va fournir la même récompense à tous, et cette récompense c’est Lui. Peut-il y en avoir une plus grande ? La récompense c’est l’eucharistie maintenant, et lui-même lorsque nous le rejoindrons au ciel.
Quelle est la vigne où il faut travailler ? C’est bien sûr nous-mêmes d’abord. « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » L’appel d’Isaïe est d’abord un appel à la conversion et à la confiance en la miséricorde de Dieu, ce mot si cher au pape François et à saint Jean-Paul II. Ce travail-là ne finit jamais. Mais il en est un autre, c’est celui de l’entraide et de la transmission de la foi, de la Bonne Nouvelle. Comment rendre l’espérance à ceux qui nous entourent, les faire approcher de la Fontaine de vie et y boire ?
Si à certains moments pris par le découragement, nous nous disons : « Mais de toutes façons, nous ne pouvons rien faire et on ne veut pas de nous ! » (Entre parenthèses, ce n’est pas si sûr). Il reste un travail : celui de frère Nicolas, celui de la prière. Il y allait comme à la danse et comme à la guerre, disait-il, il est descendu dans ce trou humide du Ranft (c'en est un) et il y a vécu avec ce seul but : prier. N’est-ce pas encore un des plus puissants moyens pour obtenir que la grâce de Dieu parvienne à chacun ?
Terminons avec sa prière :
« Mon Seigneur et mon Dieu, enlève-moi tout ce qui m'empêche d'aller à Toi ; donne-moi tout ce qui me conduira jusqu'à Toi ; prends-moi à moi et donne-moi tout à Toi pour que je T'appartienne totalement. Amen. »