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lundi 23 avril 2018

Saint Georges et les horreurs de la guerre


Nous fêtons ce matin saint Georges, patron non seulement de Chermignon mais d'un village du Jura vaudois. Il l'est aussi de l'Angleterre. Notre M. "Je sais tout", Wikipedia nous rapporte qu'il le devint sous Edouard III, pour un motif peu édifiant, à la place de saint Edouard le confesseur, lequel n'avait pas consommé son mariage. Edouard III avait instauré l'ordre de la Jarretière pour apprendre à ses gentilshommes ce qu'il peut en coûter de se moquer de sa maîtresse qui avait perdu la sienne.
L'entrée des femmes fut admis dans cet ordre sous Elisabeth II, seulement. God Save the Queen (92 ans et quelle forme pour la royale grand-maman!).



Honi soit qui mal y pense, bien entendu, malappris. 

Une pensée pour tous les Georges et les Georgette, dont ma chère grand-mère qui avait beaucoup prié pour qu'il y ait un prêtre dans sa famille et le regretté cardinal Georges Cottier.


S. Georges : Le Tintoret.

Saint Georges de Lydda ; L'Ordre de la Jarretière ; La légende dorée saint Georges ; Edouard III ;

dimanche 22 avril 2018

Le Bon Pasteur et un mouton très spécial

Source : Figaro


22 AVRIL 2018 -  4ème Dimanche de Pâques — Année B

Lectures de la messe
Première lecture« En nul autre que lui, il n’y a de salut »Ac 4, 8-12
PsaumeLa pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. Ps 117 (118), 1.8-9,...
Deuxième lecture« Nous verrons Dieu tel qu’il est »1 Jn 3, 1-2
Évangile« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis »


Frères et sœurs,

L’image du Bon Pasteur nous est familière, nous songeons aux grands troupeaux de moutons lors des hivernages chez nous, à ceux qui craignent le loup dans les montagnes. Il n’y a presque rien de plus beau qu’un petit agneau au printemps, pour qui est un peu sentimental, sinon sensible. En entendant cet Évangile du Bon Pasteur, vous aurez fait aussi et avec raison, le lien avec le roi David. Ayant à combattre le géant Goliath, il laissa toutes les armes qui l’encombraient pour affronter son adversaire avec une arme dérisoire, une fronde qui peut faire pourtant beaucoup de dégâts. Il affirmait avoir combattu l’ours et  le lion en saisissant par sa crinière… Il ne manquait pas de courage, « Le Seigneur, qui m’a délivré des griffes du lion et de l’ours, me délivrera des mains de ce Philistin. » L’image ne peut que frapper l’imagination.
Pour arracher sa proie aux lions et aux ours spirituels, c’est-à-dire au mal, le Seigneur va employer une arme qui est à vue humaine, non seulement dérisoire mais parfaitement absurde… « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. » Donner, cela ne veut pas dire risquer seulement, mais réellement offrir sa propre vie et mourir. Comment une mort peut-elle changer quelque chose ? Il est vrai qu’on peut sacrifier sa vie pour que d’autres survivent. Certains gestes sont loués à juste titre, nous avons eu le cas de cet officier de gendarmerie en France récemment et il y en a d’autres. Parfois certains rappellent Winkelried. La légende excuse peut-être certains commentaires aiguisés à 650 ans de distance.
Le texte grec en traduction littérale a ceci d’intéressant qu’il utilise une expression singulière. Il dit littéralement : « Le bon Pasteur dépose sa vie. » Il le fait de manière souverainement libre. Quelle absurdité apparente. Comment un mort peut-elle changer le cours des choses et de toute l’histoire ? Il peut laisser une sagesse au mieux, les murs de belles constructions finissent même par s’écrouler. David a chassé le lion et l’ours, mais il est resté en vie. Ici Jésus meurt, il dépose sa vie. Il le fait par amour et par obéissance à son Père. Son acte est conduit par le pur et vrai amour, il agit en connaissance de cause. Il est libre plus qu’aucun de nous, aimant son Père et le connaissant parfaitement. On étudiait en philo, je crois que ça se fait encore, les actes gratuits avec Gide, Sartre et autres... On en venait à se demander, malgré les dogmes de l’impérialisme philosophique de l’époque, si un acte gratuit purement humain peut vraiment exister, en raison de notre humanité. Elle a une liberté relative face à celle de Dieu. La gratuité absolue et une souveraine liberté humaine ne peuvent qu’avoir des racines en Dieu. N’est-ce pas en raison de notre pauvreté et de notre réelle dépendance que le Seigneur est venu nous sauver et que nous sommes « sauvables ». Notre « non » à Dieu ne peut être que rarement absolu. Mais ce « non » là, même imparfait, n’est pas sans conséquence.
Le Fils de Dieu, comme David, part aussi à la chasse, mais à la chasse de la mort et du mal. La séquence pascale a une formule marquante : « 3. La mort et la vie ont combattu en un duel prodigieux, le maître de la vie mourut, vivant Il règne. »
Que fait-il ? Vivant, il règne !
La finale de l’Évangile l’exprime et traduit ainsi le grec : « J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau. » Une autre traduction, celle de la Bible de Jérusalem propose : « J’ai le pouvoir de déposer ma vie et de la reprendre. » Dans le premier sens, Jésus reçoit à nouveau sa vie du Père. Mais Jésus le Christ étant Dieu aussi, il peut décider de reprendre sa vie, de ressusciter. La deuxième formule marque donc plus la divinité de Jésus. Il est vrai Dieu et vrai homme. La mort ne peut pas l’enfermer. Elle ne peut enfermer notre bon Pasteur.
« Il a la vie de telle façon qu’il est lui-même la vie et qu’il fait vivre tout ce qui vit. Voilà ce qui est plus grand que toutes choses. » dit Augustin. Comment aurait-il pu ne pas ressusciter ?
Les trois personnes de la Trinité agissent toujours ensemble. La Sainte Trinité ressuscite Jésus.
Notre Bon Pasteur ressuscité met maintenant sa victoire à notre profit, à notre totale disposition, comme un vainqueur distribue les dépouilles de l’ennemi. Il s’occupe de soigner les brebis blessées, il va chercher celles qui se sont égarées ou sont prisonnières des épines. Il y a tant de manière de se faire piéger. Le danger des richesses… trop de laine et impossible de se tirer d’un roncier. Parfois, nous sommes tellement occupés de nous-mêmes que nous ne retrouvons plus notre chemin… Vous vous souvenez peut-être d’un mouton Australien, un mérinos qui s’était égaré pendant 6 ans. Il avait failli mourir avec quarante kilos de laine sur le dos… Il a été tondu en 42 minutes. Le sacrement de réconciliation a un effet guérisseur extraordinaire en quelques minutes et il ne tond que les péchés.
Nous avons bon nombre de saints qui ont été témoins dispensateurs de la miséricorde : le saint curé d’Ars, le saint Padre Pio, Jean Népomucène de Prague et de Saint-Ursanne, et tant d’autres.
Saint Augustin faisait cette prière : « Que les bons pasteurs ne viennent pas à manquer ! Qu’ils ne manquent pas par notre faute et que la miséricorde divine ne cesse de les susciter et de les établir. Il est certain que s’il y a de bonnes brebis il y aura aussi de bons pasteurs. Ce sont en effet les bonnes brebis qui donnent les bons pasteurs. » (Sermones ad populum, I, Sermo XLIV, XIII, 30.)  N’oubliez donc pas que vous jouez un rôle fondamental dans l’appel et la formation de vos bons pasteurs. Que Notre-Dame, mère du Bon Pasteur, appuie notre prière. Amen.

vendredi 20 avril 2018

Un renversement complet


Le Tintoret - La conversion de saint Paul


Jésus nous parle à nouveau du Pain de vie, une occasion de nous rappeler que c’est l’Eucharistie qui nous assimile à Lui… Nous devenons d’autres « Christ », d’autres lui-même. Les Actes des Apôtres nous rapportent ce matin la conversion de Saul. La première chose qui me vient à l’esprit en relation avec cette transformation qu’opère l’Eucharistie, c’est l’interpellation du Seigneur : « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Ce qui est fait au plus petit d’entre les siens, c’est à Lui que cela est fait.
Renversé de sa monture, Saul voit Jésus et est accueilli à Damas chez un certain Jude. Aveugle, Saul demeure dans l’obscurité pendant trois jours, et il reste sans manger ni boire, trois jours qui font allusion aux trois jours passés par le Seigneur dans le tombeau. Le troisième jour Ananie, un homme courageux, nous rappelle qu’il faut parfois prendre des risques pour être témoin de la Bonne Nouvelle face à un persécuteur. Il lui impose les mains il retrouve la vue et reçoit le baptême. C’est une sorte d’illumination et une conversion totale, au point que sa parole est libérée pour aller témoigner dans les synagogues. Le renversement est complet.
Cette conversion nous avons à la demander nous aussi pour porter la Bonne Nouvelle.

Chaque fois que l’Écriture mentionne le territoire de l’actuelle Syrie, nous avons une pensée pour les populations qui souffrent là-bas depuis 7 ans. La moitié d’entre elle a été déplacée, on parle de 350.000 morts, sans compter les disparus. On relate des massacres, l’utilisation de la chimie, sans parler des manipulations médiatiques perpétuelles, qui ne nous permettent plus de distinguer quoi que ce soit. Les chrétiens ont vécu des drames inqualifiables, nous aurons peut-être retenu qu’ils sont les derniers maillons d’une chaîne qui a donné de grands saints, mais qui nous a aussi légué des trésors inestimables en langue syriaque, langue très proche de l’araméen parlé par Jésus. Nous avons aussi entendu parler de ce père dominicain qui a réussi miraculeusement à sauver la bibliothèque chrétienne d’un monastère, un trésor inestimable. Tuer la culture d’un peuple et sa mémoire, est très grave.
Prions pour eux, pour tous ces exilés et pour la paix.

dimanche 15 avril 2018

Un poisson grillé et l'interprétation des Ecritures



15 AVRIL 2018
 3ème Dimanche de Pâques — Année B
Lectures de la messe
Première lecture« Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre...Ac 3, 13-15.17-19
Psaume
Sur nous, Seigneur,
que s’illumine ton visage !
Deuxième lecture« C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde en...1 Jn 2, 1-5a
Évangile« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d...Lc 24, 35-48

Frères et Sœurs,
Merci d’être venus célébrer ce matin ce 3ème Dimanche de Pâques. Nous entrons presque dans le temps ordinaire de la résurrection, mais les Apôtres et les disciples ont de la peine à bien s’y habituer, à l’intégrer… Il n’est pas facile d’intégrer la joie de la résurrection dans sa vie. 
Vous connaissez peut-être un peintre vénitien de la renaissance italienne surnommé le Tintoret. On commémore le 500ème anniversaire de sa naissance cette année. Il a des représentations du Christ ressuscitant d’un dynamisme et d’une fraîcheur étonnante. Sur l’une d’entre elles on le voit discrètement sortant de son tombeau, les saintes femmes qui montent sur le chemin. Les gardes tombant à la renverses et saint Pierre au premier plan, en blanc qui dort du sommeil du juste et certainement de tristesse.  Comme lui nous devons recevoir la grâce de nous éveiller à la joie de Pâques, mais surtout ensuite, de ne pas nous habituer et nous rendormir. Notre foi doit nous maintenir en éveil.

Préparons-nous à célébrer l’Eucharistie en demandant au Seigneur de nous relever, nous aussi, par sa miséricorde…


Frères et Sœurs,
La finale de l’Évangile de Luc, est en quelque sorte un condensé du temps de Pâques et du grand signe de la résurrection de Jésus.
Les disciples revenant d’Emmaüs racontent leur rencontre et tout à coup, Jésus est au milieu d’eux. Le Seigneur vient consolider la foi de ses disciples. Ils ont tellement de peine à croire qu’il est vivant et a vaincu la mort, qu’il doit non seulement se montrer, mais encore montrer ses plaies. Voilà qu’après avoir mangé avec les disciples d’Emmaüs, par souci pédagogique, il mange à nouveau un poisson grillé précise le texte. Il le faut pour montrer qu’il est bien vivant, après avoir accompli la volonté du Père, sa nourriture. Les parents mangent parfois pour montrer l’exemple, pour encourager leurs enfants, c’est l’inverse lorsqu’ils deviennent plus âgés, il faut accompagner les parents de notre foi, aussi les aider à manger, à s’habiller. On a l’impression que les disciples ont besoin d’être vraiment convaincus. Lorsqu’une personne disparue longtemps dans des circonstances difficiles ou dont on tient la mort pour assurée, réapparaît tout à coup, un temps est nécessaire pour croire que c’est bien vrai, et pas seulement dans les films. Mais là, avec une crucifixion publique, un coup de lance ou de pilum bien appliqué et une mise au tombeau, nous, hommes de peu de foi, nous pouvons bien comprendre les témoins. Jésus leur apporte la consolation et la foi. Il le fait de manière très virile, reconnaissons-le. Il paraît encore s’étonner qu’ils soient aussi lents à croire en leur faisant presque des reproches. Jésus ne reste pas toujours avec eux visiblement, pour leur apprendre à marcher dans la foi. Ils doivent apprendre comment Il sera avec eux lorsqu’ils ne le verront plus de leurs yeux.
Il va donc aller encore plus loin. Leur conviction doit s’appuyer non seulement sur ce qu’ils auront vu, mais encore sur les Écritures. Là, ce n’est pas une petite affaire… Avant sa passion, le Maître était parfois un peu considéré comme le doux rêveur de Galilée, pour reprendre une expression d’un positiviste du 19ème siècle. Jésus doit aider ses Apôtres à comprendre le sens des Écritures, c’est un miracle qu’il doit accomplir. Pierre et Jean ne seront-ils pas méprisés et considérés comme des gens sans instruction par les membres du Sanhédrin ? Il y a donc un problème… Ce que fait Jésus n’est pas un cours accéléré d’exégèse rabbinique.
Que fait Jésus ? On a l’impression qu’il répète ce qu’il a fait avec les disciples d’Emmaüs, tout au long du chemin. « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” ». Il va faire en sorte qu’ils comprennent le dessein, l’intention de Dieu, à travers les Écritures. « Il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » Le mot utilisé pour intelligence est en grec, noûs, l'esprit, l'intellect, la raison. Chez les philosophes grecs, selon leurs conceptions, c’est la partie la plus divine de l'âme, l'intelligence. On peut dire qu’il leur a fait un don. Grâce à ce don, les apôtres vont pouvoir interpréter les Écritures, en donner le sens. Elles sont la Parole de Dieu. Pour la bonne humeur, il est bon de rapporter que le Nouveau Testament, n’était pas encore écrit…
L’Ancien Testament est aussi la Parole de Dieu. Il n’est pas dépassé, il parle de la venue du Christ. La clef de l’Écriture, de l’Ancien Testament, c’est Jésus : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. »  L’Église  a reçu le don d’interpréter l’Écriture, le Nouveau Testament aussi, bien entendu. Il est nécessaire de se rappeler qu’on a utilisé diverses méthodes d’interprétation qui ont varié au cours de l’histoire. Le Concile Vatican II avec Dei Verbum l’a relevé. Le point à retenir est que c’est au Magistère vivant de l’Église, qu’il appartient « d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise ». Elle ne se limite pas à des écrits. La Parole de Dieu est aussi transmise dans la tradition. Fréquenter les Écritures, dans une approche simple, nourrit l’âme, nous fait rencontrer le Seigneur et nous permet de cheminer avec lui. Avec les Écritures, Jésus nous forme. Demeurer avec elles, c’est presque l’état de l’enfant dans le sein de sa mère, il se nourrit, se forme et grandit. Saint Augustin fait remarquer dans son commentaire du Psaume 17 que personne ne doit s’imaginer que l’intelligence des Ecritures lui donnera la lumière dont nous jouirons quand nous aurons passé de la foi à la vision. Il y a quelque chose d’obscur dans la doctrine des Prophètes, et de tout prédicateur de la parole de Dieu. La foi va de pair avec une certaine obscurité. Lorsque nous aurons la vision de Dieu, ce sera tout autre chose.
Entrer dans la connaissance de Jésus et de la vie en Dieu est une chose, mais partir en mission, être des témoins et annoncer l’Évangile en est une autre. La venue de l’Esprit est nécessaire, une force venue d’en haut, avec ses dons.
En conclusion, un seul point : continuez au moins de lire pour vous votre Évangile. Sainte Marie, Mère de Dieu, réjouis-toi, ton Fils, le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia.

lundi 9 avril 2018

Annonciation - La Trinité à l'oeuvre


Annonciation
chapelle du Vorbourg


Pour la méditation de ce matin, j'ai utilisé le cardinal Journet.

Frères et Sœurs,

Le pèlerinage de printemps à Nazareth est un moment éminemment joyeux… « Et le Verbe s’est fait chair. » Ceux qui s’y sont rendus n’oublient pas la  Basilique de l’Annonciation et son inscription ‘ Verbum caro hic factum est ‘ (Ici la Parole s’est faite chair) rappelle que c’est là que Dieu a pris forme humaine dans le sein de Vierge Marie. Samedi avec ceux qui étaient là, nous avions écouté ce que Grégoire Palamas nous disait à propos de la résurrection de Jésus : Marie était présente… Mais c’est dans le sein de la terre, que Jésus, brisant la porte des enfers selon l’expression, reprenait possession de son corps et ressuscitait. C’est tout le monde créé qu’il arrache à l’emprise du mal. Dans le tombeau la Trinité veillait sur et dans ce corps, le corps de Jésus, deuxième personne qui achevait sa mission. La résurrection est l’œuvre des 3 personnes de la Trinité qui agissent de concert.
Il a été envoyé… Le Père ne l’est jamais, mais il a une activité essentielle, il engendre de toute éternité le Fils action qui a conduit à la venue du Fils parmi nous et qui a pris une humanité, dans le sein de la Vierge Marie. Il va le faire librement. C’est aujourd’hui. Le monde aurait pu ne jamais être, de même l'Incarnation, dit le cardinal Journet.
Ce qu’il dit est tellement beau et profond, que j’ai préféré vous donner quelques extraits.
L'Annonciation, Noël, ce ne sont pas des mythes touchants de la candeur de l'enfance, il s'agit de choses absolument inouïes. C'est ce qui émerveille l'évangéliste saint Luc faisant le récit de l'Annonciation. Toutes les circonstances qu'il décrit sont là pour montrer ce choc, ce contraste entre l'Infini qui entre dans le fini, l'Esprit qui entre dans le sensible, l'Eternel qui entre dans le temps: "Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth - un endroit si petit et si humble pour l'accomplissement de si grandes choses ! - à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie". Il n'en finit pas de circonstancier, c'est quelque chose de bouleversant.
Dieu envoie à la Vierge l'Ange qui la salue, lui dit qu'elle est bénie. A quelle profondeur elle est bénie, elle ne le sait pas encore. Elle ne se savait pas encore immaculée; cela, elle le comprendra au moment où Dieu lui proposera d'être la Mère de son Fils. L'Ange lui fait cette proposition... avec quelle délicatesse.
La Vierge dit alors: "Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole". C'est à ce moment-là que la Trinité toute entière forme dans son sein, avec son sang, la sainte humanité du Sauveur Jésus, en créant son âme spirituelle, immortelle. Mais la Trinité prend cette humanité du Sauveur pour en revêtir la seconde Personne, le Verbe éternel, en sorte que cette humanité est enracinée dans la seule Personne du Verbe. Le "Moi" de Jésus, le "Quelqu'un", le "Je" du Verbe possédait en commun avec le Père et le Saint-Esprit la divinité, la déité. Dès l'Incarnation, en plus de la divinité, il possède encore - en dessous, bien sûr, car elle n'ajoute rien à la splendeur de la divinité, pas plus que la lumière qui en dérive n'ajoute à la splendeur du soleil - la nature humaine, et il la possède pour toujours. Le Christ Jésus est donc une seule Personne subsistant en deux natures, l'une divine, l'autre humaine.
Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. Amen.



dimanche 8 avril 2018

Dimanche de la Miséricorde - Les Jumeaux de Thomas



8 AVRIL 2018 -  2ème Dimanche de Pâques — Année B

Lectures de la messe
Première lecture« Un seul cœur et une seule âme »Ac 4, 32-35

Psaume Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

Deuxième lecture« Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde »1 Jn 5, 1-6

Évangile« Huit jours plus tard, Jésus vient »Jn 20, 19-31



Cher Frères et Sœurs,

L’apôtre Thomas nous est cher à tous, non en raison de son entêtement critique à ne pas croire en la résurrection, mais à cause de la miséricorde que le Seigneur a témoignée envers lui malgré son manque de foi. Il mériterait d’être le saint patron des scientifiques, mais c’est Albert le Grand qui est en place. Il est vrai que Thomas d’Aquin lui a fait honneur, soumettant ses réflexions à une constante critique, selon sa méthode bien connue : Il pose une question, énonce une série d’objections, présente une réponse en sens contraire avec une autorité telle que l’Ecriture, apporte une réponse et donne des solutions. C’est un art pour trapéziste des universités certes, mais où l’on a toujours quelque chose à recueillir.
Thomas était intervenu à deux reprises dans saint Jean : "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui!" (Jn 11, 16). Sa détermination à suivre le Maître est exemplaire, mais il n’avait apparemment pas intégré la résurrection et la foi en la divinité de Jésus, c’est une évidence. Preuve en est sa deuxième intervention. Il va encore dire à Jésus "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin?" (Jn 14, 5).
Il va donner la plus splendide profession de foi du Nouveau Testament disait le pape Benoît : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Mais saint Thomas d'Aquin commente: "Celui qui croit sans voir mérite bien davantage que ceux qui croient en voyant" (In Johann. XX lectio VI 2566).  
Quelles sont nos difficultés de croire à 2000 ans de distance ? Par beau temps, quand tout va bien, si nous sommes en quelque sorte sur notre petit nuage, peut-être y parvenons-nous. Ou alors ce beau temps nous empêche-t-il de nous rappeler à quoi sert la foi ? Si vous avez le courage de vous pencher sur votre catéchisme nous aurons le bonheur de trouver dans la table analytique, de quoi nous occuper sur notre petit nuage. La foi nous permet en quelque sorte de toucher Dieu. Thomas met ses doigts dans les plaies du Christ. Il le touche en tant que Dieu par sa foi. Elle permet d’adhérer aux voies mystérieuses de la Toute-Puissance de Dieu (CEC 274). Cette Toute-Puissance prend des chemins de faiblesse et d’une apparente impuissance. La mort de Jésus en témoigne. Comment en est-on arrivé à mettre Dieu à mort ? Comment a-t-il accepté de prendre ce chemin ? Comment n’avoir pas de la compréhension envers Thomas, en voyant les difficultés que nous avons de croire en la résurrection lorsque nous sommes touchés par le décès de nos proches? Ce sont des événements bien réels !
N’est-ce pas les chemins de l’impuissance de Dieu qui nous effrayent le plus, parce que nous ressentons devant eux un sentiment d’amère de déception. Nos désirs d’éternités, de bonheur et de sécurité s’évanouissent… Notre petit nuage dans l’azur s’évapore et nous voilà livrés à nous-mêmes et au parachute de toutes les incertitudes alors que le sol de nos finitudes se rapproche de manière inquiétante… belle formule.
Comment alors s’étonner que nous ayons besoin de miséricorde ? Nous n’avons qu’une vue partielle. Notre décision n’est pas celle des anges qui voient tout en un moment et choisissent Dieu ou le refusent radicalement, en un éclair. Nous avons besoin de miséricorde, et Dieu le sait.
Les derniers papes ont insisté avec force sur la miséricorde de Dieu. Qui de nous a déjà oublié l’année de la Miséricorde ? Et Sainte Faustine ?
Dieu est riche en miséricorde. Si l’Apôtre Thomas a voulu toucher les plaies de Jésus mettre ses doigts à la place des clous et la main dans son côté, Dieu a voulu faire de même pour nous. Il a voulu nous toucher. Et comment ? « La croix, disait saint Jean-Paul II, est comme un toucher de l'amour éternel sur les blessures les plus douloureuses de l'existence terrestre de l'homme, et l'accomplissement jusqu'au bout du programme messianique que le Christ avait formulé dans la synagogue de Nazareth  puis répété devant les messagers de Jean-Baptiste. » (Dives in misericordia).
A la fin des temps, « la miséricorde se révélera comme amour, tandis que dans le temps, dans l'histoire humaine qui est aussi une histoire de péché et de mort, l'amour doit se révéler surtout comme miséricorde, et se réaliser sous cette forme. » Nous devons être miséricordieux comme le Père en son Fils qui nous a touché avec lui et l’a ressuscité. Oui, « Voici que le Fils de Dieu, dans sa résurrection, a fait l'expérience radicale de la miséricorde, c'est-à-dire de l'amour du Père plus fort que la mort. » C’est amour de résurrection concerne chacun de nous. Dieu pardonne, guérit, sauve et ressuscite.
Le nom de Thomas signifie Jumeau nous a dit l’Évangile. Nous sommes les jumeaux de Thomas, capables aussi avec lui de reconnaître en Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Et que doit faire l’Église ? « L'Eglise proclame la vérité de la miséricorde de Dieu, révélée dans le Christ crucifié et ressuscité, et elle doit l’annoncer… Elle cherche   à exercer la miséricorde envers les hommes grâce aux hommes », de manière humaine, c’est-à-dire réelle et pas seulement en paroles.
Personne n’a connu comme Marie la profondeur du mystère de Dieu fait homme. Sa vie entière fut modelée par la présence de la miséricorde faite chair. La Mère du Crucifié Ressuscité est entrée dans le sanctuaire de la miséricorde divine en participant intimement au mystère de son amour.
Marie atteste que la miséricorde du Fils de Dieu n’a pas de limite et rejoint tout un chacun sans exclure personne. (Bulle Misericordiae Vultus). Reine du ciel, Réjouis-toi ! Alléluia !

dimanche 1 avril 2018

Le Christ est vraiment ressuscité !


 
Le Tintoret

Homélie de Pâques - Messe du Jour

Frères et Sœurs,

Non ce n’était pas une mauvaise farce, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur est bien ressuscité. Saint Augustin nous rapporte que le poisson symbolise justement ce nom en grec, mentionnant par la même occasion que  la sibylle d’Erythra aurait fait une prédiction sur le Christ (Cité de Dieu 17,23). « Il mourra et s’endormira durant trois jours. Et puis retournant à la lumière, il montrera aux élus les prémices de la résurrection ». Nous sourions en pensant à la sibylle des anciens, mais faisons-nous mieux avec nos auteurs de science-fiction qui font les prophètes ?
Par les eaux du baptême, Jésus revient nous sauver. Le même Augustin va identifier la première résurrection et le règne des mille ans mentionnés dans l’apocalypse, au régime de la vie nouvelle offert à tous ceux qui auront reçu le baptême. Déjà maintenant nous régnons avec le Christ et la vie éternelle a déjà commencé. Je ne sais que trop bien que nous sommes encore dans un état de semi-obscurité et que vivre en ressuscité avec le Christ relève du miracle tant cela est parfois difficile.
Mais j’aime aussi beaucoup me rappeler alors ces paroles de saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine…  Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » Or, le Christ ressuscité, oui il est vraiment ressuscité ! C’est le ressuscité qui nous sauve !
Au matin de Pâques, Marie-Madeleine, court prévenir les Apôtres, non pas que le Christ est ressuscité mais qu’ « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et (que) nous ne savons pas où on l’a déposé. » La pauvre n’a même plus un corps sur lequel pleurer. On lui a pris « son » Jésus. Les Apôtres ne courent pas non plus pour voir le ressuscité, mais pour vérifier les paroles de Marie-Madeleine et contempler un tombeau vide. Loin d’eux l’idée d’aller annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Ils vont constater une disparition, Jésus est aussi leur Maître, leur Ami, leur Jésus !
Alors se produit, d’après saint Jean quelque chose d’extraordinaire et un complet retournement pour lui : Jean court plus vite que Pierre, le laisse entrer et  « Il vit et il crut ! » Il ne croit que le corps de Jésus a été volé, mais il croit en la résurrection.  Il comprit « que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »
Et Pierre ? rien ne dit qu’il n’ait pas cru. Ont-ils cru simplement sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, devant le tombeau vide ? La disposition des linges ayant enveloppé Jésus les a-t-elle aidés ? L’Évangile ne le précise pas ici. Que firent-ils ? « Ensuite, les disciples retournèrent chez eux. » Alors seulement, deux anges et le Seigneur vont apparaître à Marie-Madeleine… Il vient la consoler d’abord. Jean s’était trouvé seul au pied de la croix avec elle, Marie et d’autres femmes. Il a été consolé par la foi. Le message ne doit pas nous être indifférent. Croire en Jésus, c’est déjà le rencontrer et trouver en lui, avec lui, notre consolation, car il est vraiment ressuscité.
La technologie cherche tant de moyens de nous prolonger la vie que nous en oublions ce moyen extraordinaire que nous procure Jésus aujourd’hui, pour un avenir tout différent.
Pour son message pascal de l’an 2000 saint Jean-Paul II avait commenté la fameuse séquence pascale Victimae Paschali Laudes. Il avait commencé par la troisième strophe : la mort et la vie se sont affrontés dans un duel prodigieux. Le maître de la vie mourut, vivant, il règne. Aujourd'hui, disait-il, l'Église s'arrête près du tombeau vide, encore une fois stupéfaite. Comme Marie Madeleine et les autres femmes, venues embaumer le corps du Crucifié, comme les Apôtres Pierre et Jean, accourus sur la parole des femmes, l'Église s'incline sur le tombeau dans lequel le Seigneur a été déposé après la crucifixion.
Le jour de Pâques, ce ne sont pas les moyens d’une science humaine qui ont remporté la victoire. Je me souviens de vieux feuilletons de fiction, où on réparait des morts en les faisant passer dans une machine, ou bien ils revenaient je ne sais combien de fois à la vie pour  remplir leur mission. Avec Jésus, c’est autre chose. Avec les armes de l'amour, Dieu a vaincu le péché et la mort. En se dépouillant  lui-même pour prendre la condition du serviteur obéissant jusqu'à la mort sur la croix (cf. Ph 2, 7-8), il a vaincu le mal à la racine, il a ouvert aux cœurs repentants le chemin du retour au Père. Il est la Porte de la Vie qui triomphe sur les portes de l'enfer. Il est la Porte du salut, grande ouverte pour tous, et la porte de la divine miséricorde. La mission, ce n’est pas un éternel retour à la vie qui permet de la remplir, c’est le Christ présent dans son Eglise et vivant en chacun de nous.
S’il n’y avait eu en action une force qui les dépassait infiniment, comment les Apôtres auraient-ils pu annoncer un message si surprenant qu’il ait traversé les siècles ? Ils avaient été humainement et spirituellement, complètement détruits, anéantis par la passion. Chacun voulait rentrer chez soi, retrouver son métier, sa famille ses habitudes. Mais une force s’est emparée, cette force c’est Jésus ressuscité. Il les a guéris , relevés et envoyer annoncer l’Evangile

Ayant reçus le Baptême, Saint Paul nous invite avec cette même force à devenir des témoins du ressuscité. Et à vivre dans une toute autre perspective. Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut

Reine du ciel réjouis-toi ! Alléluia ! Le Christ est vraiment ressuscité, Alléluia !